En 1918, un consultant américain nommé Ivy Lee a demandé un rendez-vous avec Charles Schwab, président de Bethlehem Steel, alors la deuxième plus grande aciérie des États-Unis. Lee a demandé vingt minutes. Schwab a accepté.
Lee a exposé sa méthode en quelques phrases. Schwab a essayé pendant trois mois. Puis il a envoyé à Lee un chèque de 25 000 dollars — l'équivalent de 400 000 dollars aujourd'hui — avec une note : "C'est la leçon la plus rentable que j'aie jamais apprise."
La méthode ne tient pas sur une page. Elle tient sur six lignes.
Les 6 règles de la méthode Ivy Lee
Règle 1 : Chaque soir, écrivez les 6 tâches les plus importantes que vous devez accomplir demain.
Pas 7. Pas 10. Six. Cette contrainte est délibérée. Elle vous force à choisir — vraiment choisir — ce qui compte le plus. Une liste de 20 tâches est une liste de 20 excuses pour ne pas commencer.
Règle 2 : Classez ces 6 tâches par ordre d'importance stricte.
La tâche 1 est la plus importante. La tâche 2 est la deuxième plus importante. Et ainsi de suite. Pas de ties. Pas de "ces deux-là sont aussi importantes". Vous devez trancher.
Règle 3 : Le lendemain matin, commencez par la tâche 1. Ne passez à la tâche 2 que quand la tâche 1 est terminée.
Ce principe — travail séquentiel plutôt que parallèle — va à l'encontre de la culture du multitasking. C'est pourtant là que réside toute la puissance de la méthode. Vous ne dispersez pas votre énergie. Vous la concentrez.
Règle 4 : Si en fin de journée vous n'avez pas terminé votre liste, les tâches non faites passent en tête de la liste du lendemain.
Elles ne disparaissent pas. Elles ne sont pas reportées dans une pile flottante de "un jour peut-être". Elles deviennent vos premières priorités du lendemain. Ce mécanisme crée de l'urgence sur ce qui est important.
Règle 5 : Répétez ce processus chaque jour.
La méthode Ivy Lee ne fonctionne pas en une semaine. Elle fonctionne en une habitude. C'est précisément sa force : une fois installée, elle demande moins de deux minutes le soir et une discipline de démarrage le matin.
Règle 6 : Ne commencez jamais une tâche inférieure tant que la supérieure n'est pas terminée.
C'est la répétition de la règle 3, et ce n'est pas un accident. C'est la règle la plus difficile à respecter — et la plus importante.
Ce que la méthode résout dans le contexte marocain
J'accompagne des dirigeants de PME marocaines depuis plusieurs années. Le problème que j'entends le plus souvent n'est pas le manque de travail — c'est la dispersion.
Un dirigeant de PME à Casablanca ou Rabat arrive typiquement au bureau à 8h avec une vingtaine de choses en tête. D'ici 9h30, il a géré trois urgences WhatsApp, répondu à deux appels, et participé à une discussion sur un problème opérationnel qui "ne prenait que cinq minutes". Sa journée est déjà fragmentée.
La méthode Ivy Lee n'élimine pas les interruptions. Elle vous donne un point de retour. Après chaque interruption, vous savez exactement sur quoi vous revenez. Vous ne perdez pas de temps à vous demander "qu'est-ce que je faisais déjà ?" — vous regardez votre liste de six tâches et vous reprenez là où vous en étiez.
L'histoire du distributeur de Fès
J'ai travaillé avec un dirigeant d'une société de distribution alimentaire à Fès. Vingt-huit salariés, trois véhicules, des tournées quotidiennes. Il m'a dit lors de notre premier rendez-vous qu'il n'avait "jamais le temps de penser stratégiquement".
Quand on a analysé ses semaines, voici ce qu'on a trouvé : ses journées étaient occupées à 90 %, mais moins de 15 % de ce temps était consacré à des tâches que lui seul pouvait faire. Le reste — des relances fournisseurs, des vérifications de livraison, des briefings sur des problèmes que ses responsables auraient pu résoudre — aurait pu être délégué ou supprimé.
On a introduit la méthode Ivy Lee avec une modification : avant d'écrire ses 6 tâches du soir, il devait se poser une seule question pour chacune — "est-ce que quelqu'un d'autre dans mon équipe peut faire ça ?" Si la réponse était oui, la tâche ne rentrait pas dans sa liste.
En trois semaines, sa liste du soir avait changé de nature. Ses 6 tâches étaient devenues des tâches de dirigeant : préparer la réunion commerciale de la semaine, finaliser le contrat avec le nouveau fournisseur, analyser les chiffres du mois. Des tâches à impact réel.
Deux mois plus tard, il avait ouvert une quatrième tournée — un projet qu'il "n'avait pas le temps d'avancer" depuis six mois.
La différence entre liste et rituel
Beaucoup de dirigeants font des listes. Peu en font un rituel.
La différence est dans la régularité et dans le moment. Une liste faite le matin en arrivant au bureau est une réaction à ce qui se présente. Une liste faite le soir, avant de quitter, est une décision prise à tête reposée sur ce qui comptera demain.
Le soir, vous avez la distance nécessaire pour voir clairement. Vous savez ce que vous n'avez pas avancé aujourd'hui. Vous savez ce qui arrive demain. Vous êtes en position de décider sans la pression de l'immédiat.
Le rituel du soir prend moins de cinq minutes. Il transforme le lendemain matin : au lieu d'arriver au bureau et de commencer par les emails ou WhatsApp, vous arrivez avec une intention. Vous savez ce que vous faites d'abord. Et "d'abord" n'est pas négociable.
Ce travail de structuration des priorités et du temps du dirigeant fait partie intégrante des programmes Maroc Mentor. Si vous voulez identifier concrètement où vous perdez le plus d'énergie dans votre semaine actuelle, le diagnostic en ligne est un bon point de départ.
Pour aller plus loin
- Identifiez vos blocages prioritaires avec le diagnostic Maroc Mentor
- Découvrez les programmes d'accompagnement pour structurer votre croissance